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Trois villes de Haute-Savoie ont accepté de vendre des terrains communaux afin que des lieux de culte y soient érigés. Un moyen de vider les salles de prière clandestines et marginaliser les intégristes, soutiennent élus et religieux

Trente ans qu’ils attendaient cela. Les musulmans d’Annemasse auront dans quatre ans un lieu de prière digne de ce nom, assez vaste pour accueillir le vendredi, jour de la grande prière, 800 fidèles.

 

Le 18 février, le conseil municipal de la deuxième ville de Haute-Savoie s’est prononcé en faveur d’une vente au CCMA (Centre culturel des Musulmans d’Annemasse) d’un terrain communal situé dans le quartier du Brouaz. Superficie: 7 500 m2. «Mais la mosquée elle-même n’occupera qu’un quart de la surface, nous allons construire un parking de 250 places et conserver un grand espace vert» indique Hamid Zeddoug, le président du CCMA.

 

Les fidèles se retrouvent depuis 15 ans dans une ancienne grange à Ambilly dont la salle de prière ne peut contenir que 200 personnes. Le double de personnes prie dehors, qu’il pleuve, vente ou neige. Hamid Zeddoug précise: «Nous avions besoin d’un vrai lieu de culte, un lieu rassembleur pour en finir avec les divisions dans la communauté. C’est un moyen également de vider les salles de prière improvisées dans les caves où on ne contrôle pas ce qui s’y passe et s’y dit. Le combat contre la radicalisation passe par ces mosquées officielles et ouvertes à tous». Michel Boucher, maire adjoint d’Annemasse, confirme: «Nous connaissons les responsables du CCMA depuis plus de trente ans et nous savons qu’ils prônent un islam de France et républicain, il paraît normal qu’ils puissent se retrouver dans un lieu décent».

 

Refus des donations étrangères

 

Coût du terrain: 540 000 euros financés par le CCMA hormis la dépollution du site à la charge du vendeur, la ville en l’occurrence. «La somme est déjà réunie car cela fait 20 ans que nous organisons des quêtes dans notre communauté pour ce projet de mosquée. Elle pourra même couvrir en partie le début du chantier pour ériger le bâtiment qui n’aura pas de minaret» souligne Hamid Zeddoug. Ensuite d’autres collectes seront organisées. Le CCMA insiste sur le fait que sont mis à contribution les fidèles et qu’il refuse les donations des pays étrangers «parce que ceux-ci attendent toujours quelque chose en retour, comme un contrôle sur le lieu de culte via un imam imposé».

 

L’imam Bousekri qui prêche depuis 30 ans à Annemasse sera reconduit dans la nouvelle mosquée. «Mais il faudra préparer sa succession, le profil idéal est un prêcheur qui outre son instruction religieuse en France a reçu une formation profane de deux années à l’université catholique de Paris, c’est-à-dire prodiguée par des laïques et qui intègre l’anthropologie» insiste le président du CCMA.

 

Projets avancés à Saint-Julien...

 

Autre commune frontalière, Saint-Julien-en-Genevois vient aussi de céder au prix de 510 000 euros une parcelle de terrain acquise par l’Association des musulmans du Genevois. Ceux-ci se rassemblaient dans un local d’une capacité de 60 places (pour près de 400 pratiquants). Le terrain situé au lieu-dit Sous Combe non loin de la douane de Bardonnex fait 5000 m². Là aussi il s’agit d’autofinancement et le maire Antoine Vielliard se porte garant de l’origine de ces versements. «Ces responsables sont des vieux habitants connus de tous.

 

Beaucoup de pratiquants sont frontaliers, travaillant dans la banque ou l’horlogerie, ils donnent beaucoup d’argent» explique l’édile. Qui poursuit: «Ce sera une première en France dans la mesure où toutes les associations, qu’elles soient d’origine maghrébine, turque ou des Balkans, ont décidé de partager ce lieu pour prier, étudier, réfléchir à des projets culturels et humanitaires. Certes il y a des réticences dans le contexte que l’on sait mais ces gens prient comme les adventistes le samedi et les catholiques le dimanche. Ce type de lieu moderne peut faciliter les rencontres pour mettre fin aux craintes».

 

... et à Bonneville

 

À Bonneville, le projet est plus avancé puisque la mosquée devrait ouvrir dès 2018. 4200 m², 700 personnes accueillies, une architecture moderne avec une coupole, une école pour apprendre la langue arabe et le Coran. Le terrain a été cédé à un prix symbolique pour un bail emphytéotique, de longue durée. À Cluses (18 000 habitants dont 20% d’origine étrangère), au cœur de la très industrielle Vallée de l’Arve, le dossier est au point mort du fait, entre autres, des pressions d’un Front National très implanté (43% lors du dernier scrutin). «Si on parle ici de future grande mosquée la ville va basculer vers l’extrême droite» confiait récemment au Temps un conseiller municipal.

 

Non loin de là, à Marnaz, le sénateur-maire centriste Loïc Hervé s’est opposé à la sortie de terre d’un lieu de culte «car contrairement à Annemasse et Saint-Julien l’Association demandeuse, l’Asli, n’est pas reconnue pas le Conseil français du culte musulman car elle professe un islam radical non compatible avec les valeurs de la République».

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