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Il s’agit bien évidemment d’un corollaire du premier principe qui consacre l’adoration d’Allah seul. Cependant, il mérite d’être évoqué séparément étant donné que la domination et l’assujettissement des hommes par leurs semblables constitue l’une des tragédies les plus graves de l’histoire de l’humanité, après peut-être la tragédie qu’implique l’acceptation d’une telle situation par des hommes qui se soumettent volontairement à d’autres êtres humains. Il existe peu de choses pires que les hommes qui se soumettent à leurs semblables et les adorent. C’est tout à fait dégradant parce que tous les hommes partagent fondamentalement la même nature et les mêmes faiblesses humaines. Personne n’a le droit de s’ériger en un Dieu – y compris un tyran, un dictateur ou un clergé– pour nul autre, les autres étant assujettis à ses décrets, sans se soucier aucunement d’une quelconque conformité ou non avec la révélation d’Allah.

 Ce but de l’Islam a été énoncé avec éloquence par deux des tout premiers Musulmans. À la question de l’Empereur de la Perse de savoir ce qui a amené les Musulmans sur leurs terres, deux Compagnons distincts du Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) répondirent en des termes similaires : « Allah nous a envoyés sortir quiconque le souhaite de l’adoration des individus vers l’adoration du Seigneur des individus, de l’étroitesse de ce monde vers son étendue et de l’injustice du mode de vie [dans ce monde] vers la justice de l’Islam »[1].

 Il est intéressant de relever que les hommes reconnaissent volontiers les méfaits d’une telle domination d’un homme sur ses semblables lorsqu’un tyran décide de la destinée des autres, mais n’arrivent pas à en prendre conscience lorsqu’un groupe d’élites, les assujettissent alors même qu’ils se soumettent volontiers à la manipulation et à l’oppression de cette élite, très souvent au nom de la démocratie. En réalité, ces deux systèmes sont malveillants et ne peuvent se remédier que par l’acceptation d’Allah comme le Législateur et l’Autorité suprême. Comme nous le verrons bientôt, c’est uniquement Allah qui peut édicter des lois et ordonnances justes, étant donné que Lui seul est tout à fait exempt de désirs et de partis pris.

Il y a de nombreuses choses que l’homme a tendance à « adorer » ou auxquelles il a tendance à « s’assujettir », allant de ses propres passions aux besoins matériels insignifiants, en passant par l'Etat ou la Nation. Au sujet de ceux qui érigent leurs propres désirs en divinité, Allah dit : [Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa propre divinité ? Et Allah l’égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas ?] (45:23). Le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a dit : « Que périsse l’esclave des dinars, des dirhams, des qateefah et des khameesah[2] puisqu’il est heureux quand il lui est donné ces choses-là et mécontent dans le cas contraire » [3].

Il s’agit, en réalité, d’une véritable forme d’esclavage et de servitude –un esclave à quelque chose d’autre qu’Allah. C’est ainsi qu’ibn Taimiyyah écrit : « S’il l’accomplit [i.e., sa passion], il s’en réjouit et s’il n’y arrive pas, il devient mécontent. Une telle personne est l’‘abd [esclave] des choses qu’il désire ; elle en est esclave étant donné que l’esclavage et la servitude sont en réalité la soumission du cœur à l’esclavage et à la servitude. Par conséquent, toute chose qui assujettit le cœur et le soumet à la servitude rend le cœur esclave de cet objet. D’où cette affirmation : «L’homme est libre aussi longtemps qu’il reste satisfait [de ce que lui a accordé Allah] et celui qui est libre demeure un esclave aussi longtemps qu’il le souhaite »[4].

 L’Islam libère l’homme de toutes ces fausses formes d’adoration. Il le fait en libérant leurs cœurs de ces principaux désirs et passions. Il libère le cœur d’une telle adoration en attachant ce cœur à Allah seul et en nouant une relation forte entre l’individu et Allah (comme nous le verrons plus loin). Alors, l’individu désire tout simplement plaire à Allah. Il est satisfait de tout ce qui plaît à Allah et mécontent de tout ce qui déplaît à Allah.

 Cet aspect de l’Islam pourrait être assez clair aux yeux du nouveau converti à l’Islam. Il peut facilement reconnaître en lui-même tous ces faux dieux qu’il suivait et « adorait » dans sa vie préislamique. Sa vie toute entière pouvait avoir été fondée autour de ces objets d’adoration. Il faisait pratiquement tout pour atteindre cet objectif, peu importe si, sur le plan éthique, ces moyens étaient sains ou pas. Ce sont ces buts qui faisaient de lui une personne. Il évaluait toute sa vie en termes d’atteinte de ces buts. Quand il parvenait à réaliser ces buts, cela était pour lui une source de bonheur. Il était véritablement assujetti à ces buts. A présent, il peut comprendre comment ces buts l’écartaient en réalité de la voie de l’adoration d’Allah seul.

 


[1]Ismaël ibn Kathir, Al-Bidaayah wa al-Nihaayah (Beyrouth : Dar al-Kutub al-Ilmiyya, aucune information relative à la publication.), vol.7, pp. 39-40.

[2] Ces quatre termes renvoient à diverses formes de monnaie et de vêtements de valeur.

[3] Rapporté par al-Bukhari.

[4] [Ahmad ibn Taimiyyah,] Ibn Taymiyyah’s Essay on Servitude (Birmingham, Royaume-Uni : al-Hidaayah Publishing and Distribution, 1999), p. 100-101.

 

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