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Pendant plusieurs jours, les Ouïghours de France se sont rassemblés pour commémorer les victimes des affrontements du 5 juillet 2009 à Urumqi, mais aussi pour protester contre la répression chinoise de plus en plus forte. Reportage.

Jeudi 5 juillet 2018. Il y a bientôt dix ans, jour pour jour, une manifestation pacifique de milliers d’étudiants et de citoyens à Urumqi (capitale ouïghoure), dégénérait en incidents violents, faisant près de deux cents morts et des milliers de blessés.

Les jours suivants, les représailles des autorités chinoises contre les manifestants furent sévères et firent de nombreuses victimes et disparus. Des évènements que les Ouïghours en exil, n’ont pas oublié, commémorant chaque année les massacres de juillet.

En ce début d’été, les différentes organisations des Ouïghours de France, sont donc au rendez-vous. Alors que sur l’avenue des Champs-Elysées se promènent de nombreux de touristes chinois, à quelques pas de là, des voix dissidentes se font entendre.

Rue Washington, où siège le service consulaire de l’ambassade de Chine, des drapeaux bleu ciel avec lune et croissant, sont hissés.

Il s’agit de l’emblème de la région autonome du Xinjiang au nord-ouest de la Chine (ou Turkestan oriental), où vivent quelques 10 millions de Ouïghours.

 

Un million de Ouïghours enfermés dans des camps de « rééducation »
C’est pour alerter sur le sort de ces derniers, que quelques dizaines de leur compatriotes viennent entonner des slogans : « Freedom for East Turkistan ! », « Les Ouïghours veulent vivre », ou encore « La Chine, ferme les camps de concentration ! ».

Des camps dit de « rééducation » pour les musulmans Ouïghours, dont les médias occidentaux ont récemment relayé l’existence.

Ils seraient près d’un million de personnes à y être enfermés depuis 2017, sous couvert de lutte contre « l’extrémisme » religieux. Une lutte qui a commencé dès les attentats du 11 septembre 2001 à New-York et qui continue.

« Les gens sont forcés de boire de l’alcool et de manger du porc. Si vous portez le voile ou une barbe, alors êtes envoyés directement dans ces camps », témoigne un jeune Ouïghour exilé en France.

Des méthodes d’enfermement que les Ouïghours n’hésitent pas à comparer sur leurs banderoles, aux camps de concentration nazis. « Les tortures physiques et psychologiques à l’intérieur de ces camps ont conduit à la mort de nombreux détenus », rapporte le communiqué des Ouïghours de France.

Mais pour le moment, peu d’informations précises ont fuité sur ce système carcéral, dans une région extrêmement surveillée.

Le sort des femmes, inquiète aussi. De nombreuses seraient contraintes à des mariages avec des Chinois han, pour sauver les membres de leur famille des camps de rééducation.

« La situation des femmes ouïghoures est catastrophique. Elles subissent des viols, des avortements forcés, elle ne peuvent pas porter le voile. Leurs maris sont pour la plupart en prison ou dans des camps. Nous manifestons donc aujourd’hui pour faire entendre leurs voix », témoigne Risaljat Aripova, présidente de l’Union Internationale des femmes ouïghoures.

A ses côtés, une autre femme, venue du Kazakhstan pour manifester, alors que les manifestations de Kazakhs en soutien aux Ouighours ont été interdites sous la pression chinoise. « Les femmes sont les plus menacées aujourd’hui, car elles représentent les mères, donc la descendance ouïghoure à venir », souligne la militante de 72 ans.

« Je n’ai pas de nouvelles de ma famille depuis le 20 mai 2017, le jour où mon frère est entré dans un camp de concentration »
Comme elle, d’autres manifestants viennent de loin, espérant obtenir l’asile politique en France.

« J’habitais dans la région du Xinjiang. Quand j’ai arrêté de fumer et de boire, c’est là où j’ai commencé à avoir des problèmes, à devenir suspect. J’ai été considéré comme une menace. En Chine, des policiers m’ont arrêté plusieurs fois. C’était impossible pour moi de rester, donc j’ai décidé de partir. J’ai donné de l’argent pour que l’on me fasse un passeport.

Je suis allé en Egypte pendant trois mois, mais l’état collabore avec les autorités chinoises pour que tous les Ouïghours qui font leurs études coraniques repartent en Chine.

 

Je me suis donc enfui en Turquie. Pour le gouvernement chinois j’étais un terroriste qu’il fallait attraper. En Turquie je n’ai pas pu avoir de carte de séjour et j’ai failli aussi repartir en Chine. Je suis donc allé au Maroc puis en France », confie l’un des réfugiés sur place.

« Je n’ai pas de nouvelles de ma famille depuis le 20 mai 2017, le jour où mon frère est entré dans un camp de concentration », ajoute tristement le jeune homme de 23 ans, vêtu d’une toque en feutre et d’un habit traditionnel.

Mardan, lui, a la chance d’être toujours en contact avec sa famille, via des appels téléphoniques, cependant surveillés. Mais il n’a pas revu les siens depuis 2005, l’année de son arrivée en France pour ses études en informatique.

« Pendant mes études j’ai travaillé avec une association Ouïghoure. J’ai reçu des menaces, mais aussi envers ma famille en Chine. Je sais que si je retourne en Chine, je vais aller directement en prison, alors je suis obligé de rester ici », explique t-il.

Un fichage et une surveillance accrue des Ouïghours
Mais depuis Paris, le jeune homme peut continuer à alerter sur les restrictions de liberté et de droits des Ouïghours, qui ne cessent de s’accentuer.

En décembre dernier, un rapport de Human Rights Watch révélait notamment que les autorités chinoises effectuent un fichage de la population, en collectant des échantillons d’ADN, des empreintes digitales et des informations sur les groupes sanguins de tous les habitants de la région du Xinjiang.

En avril 2017, les autorités ont également adopté une nouvelle loi interdisant 29 prénoms musulmans pour les nouveau-nés, dont Mohammed, Saddam ou Médina, sous peine que les enfants ne se voient refuser l’obtention d’un passeport donnant accès aux services de soin ou à l’éducation.

Et la liste des interdits en tout genre s’allonge…

« Il faut que les Français sachent ce qu’ils se passent aujourd’hui en Chine pour nous », insiste Mardan, un drapeau Ouïghour dans les mains.

 

« Malheureusement, si je demande à un monsieur ou une dame dans la rue qui sont les Ouïghours et leur situation en Chine, je suis quasiment sûre qu’ils ne sauront me répondre », renchérit Esma, française née à Paris, d’origine kazakh, venue manifester en signe de solidarité.

« Je me sens assez concernée par ce qu’il se passe pour les Ouïghours car mes grands-parents étaient Kazakh. En Chine, ils ont eux aussi été chassés et torturés. Les Ouïghours sont mes frères et soeurs. Je me dit que j’aurais pu être à leur place ». 

 

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