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Birmanie : Crise des Rohingyas, «C'est la misère dans la misère», témoigne un chirurgien

12/4/2017 12:00:00 AM   |      |   

Raphaël Pitti est chirurgien de guerre. Il s'est récemment rendu au Bangladesh, où près de 620 000 Rohingyas sont réfugiés. Cette minorité musulmane fuit les persécutions dont elle est victime dans la Birmanie voisine.

Médecin spécialisé dans la chirurgie de guerre, le docteur Pitti revient d'une mission humanitaire avec une équipe de l'UOSSM (Union des organisations des secours et soins médicaux) dans le camp de Kutupalong, dans le sud du Bangladesh, où plus de 500 000 Rohingyas (sur 620 000 déplacés, selon l'ONU) ayant fui les persécutions en Birmanie sont réfugiés.
Une crise humanitaire dont se sont saisis l'acteur français Omar Sy ainsi que de nombreux Youtubeurs. Ils ont lancé l'opération #LoveArmy pour récolter des fonds afin de venir en aide aux réfugiés.
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Quelle a été votre première impression en découvrant ce camp ?


RAPHAËL PITTI. C'est la misère dans la misère. Les Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh, qui est l'un des pays les plus pauvres au monde. Avant même d'arriver au camp, on est très impressionné par l'incroyable saleté de Cox's Bazar, le chef-lieu de district. A l'hôpital public, le troisième étage est réservé aux Rohingyas. Les salles sont remplies de malades en attente de se faire opérer. L'hôpital ne dispose que d'un seul bloc opératoire. Nous avons, heureusement, pu louer les installations d'une clinique privée pour pouvoir opérer.


Quelles sont les pathologies que vous avez rencontrées ?


Des lésions évolutives du fait de l'absence de suivi médical des Rohingyas dans leur pays d'origine, la Birmanie : comme des hernies énormes, une femme dont le goitre thyroïdien occupait toute une partie du cou, un jeune présentant un kyste sur la moitié du visage, un homme souffrant d'un cancer qui suintait sur toute une partie de la face et qui s'essuyait avec du papier journal... Certains enfants présentaient des lésions dues au rachitisme...


Quelle est la situation sanitaire au sein même du camp de Kutupalong ?


Ce camp ressemble à un immense bidonville. Il n'y a pas d'abris solides mais des constructions précaires faites de lattes de bambou couvertes de bâches. Que se passera-t-il lorsque viendra la mousson ? On est face à de véritables bombes infectieuses. On peut voir des gens faire la cuisine à proximité immédiate de latrines, elles-mêmes situées à deux mètres de pompes à eau. La distribution de nourriture donne lieu à des scènes difficiles à supporter. Après avoir fait la queue, les Rohingyas doivent s'accroupir pour rentrer dans l'espace où se fait la distribution, ceci afin d'éviter les bousculades et les bagarres et sous le contrôle des policiers bangladais équipés de sifflets et de cannes en bambou.
«Des malades présentaient des lésions de guerre»


Avez-vous observé chez certains Rohingyas des blessures de guerre ?


Oui. Des malades présentaient des lésions de guerre avec de grosses plaies provoquées par des armes à feu, des sabres ou des couteaux. Ces plaies sont souvent mal cicatrisées et infectées, les fractures mal réparées. Des enfants souffrent aussi de brûlures.


L'aide est-elle suffisante ?


Il y a une mobilisation internationale certaine, notamment des associations musulmanes. Toutes les grandes organisations humanitaires, comme la Croix-Rouge internationale ou le Croissant-Rouge, sont présentes, ainsi que l'Unicef qui a mis en place avec des associations locales des espaces scolaires. Malgré cela, on est en dessous de ce qu'il faudrait faire. Le HCR (NDLR : Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) est à la limite de ses possibilités. Tous les jours, le camp grossit de 10 000 personnes. Comme on se trouve dans un pays déjà très pauvre, l'aide apportée aux Rohingyas peut, en outre, provoquer des tensions avec la population locale. Tout cela devrait nous forcer à réfléchir sur les millions de déplacés climatiques que nous allons devoir gérer dans les années qui viennent.


 

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